Inauguration de l’école de Dou Aab

Une 12ème Ă©cole pour les communautĂ©s rurales reculĂ©es

Lorsque nous avons visitĂ© le village de Dou Aab pour la première fois, en 2016, nous avons Ă©tĂ© frappĂ©s par les conditions d’apprentissage des Ă©lèves et le dĂ©nuement extrĂŞme de la rĂ©gion. L’école de Dou Aab, un Ă©tablissement primaire accueillant les enfants jusqu’à la 9ème annĂ©e, des filles et garçons âgĂ©s de 7 Ă  16 ans, ne disposait pas de bâtiment en dur. Les cours Ă©taient dispensĂ©s en plein air, parfois sous des tentes dĂ©chirĂ©es, et ne pouvaient avoir lieu en cas de mauvais temps. Les Ă©lèves Ă©taient la plupart du temps assis Ă  mĂŞme le sol, sous le soleil ou parfois dans la neige, comme c’est souvent le cas dans les projets pour lesquels l’association Nai Qala s’engage. Sans surprise, ces mauvaises conditions compliquaient considĂ©rablement l’achèvement du programme annuel et se traduisaient par un taux Ă©levĂ© de dĂ©crochage scolaire. 

Bien que, depuis notre première visite dans le village, une organisation a fourni des structures provisoires en plastique, le manque de motivation des enseignants et le dĂ©sintĂ©rĂŞt des parents pour l’éducation restent malheureusement une rĂ©alitĂ©. L’absence d’un vĂ©ritable bâtiment est interprĂ©tĂ©e par la population comme un abandon par l’état et la communautĂ© internationale, ce qui la pousse Ă  chercher des opportunitĂ©s Ă©conomiques en dehors du village. 

Dans sa mission d’offrir des conditions d’apprentissage dignes aux enfants des rĂ©gions rurales dĂ©favorisĂ©es du centre de l’Afghanistan, l’association Nai Qala s’est lancĂ©e dans la construction de son 12ème bâtiment scolaire. L’Association s’est assurĂ©e de la sĂ©lection du terrain de la future construction en consultation avec le conseil des anciens du village, du transfert de propriĂ©tĂ©, de la mise en adjudication de la construction auprès d’entreprises locales et a signĂ© un protocole d’accord avec le ministère de l’éducation assurant l’inclusion de l’école dans son portefeuille. 

Le chantier a démarré en mai 2022 et, bénéficiant d’une météo clémente, s’est terminé en octobre 2022. Les murs du bâtiment sont construits avec les pierres des montagnes environnantes ; le sable et le gravier utilisés pour la maçonnerie proviennent des rivières toutes proches. L’entreprise de construction a engagé des hommes du village, offrant ainsi à des dizaines de familles un revenu bienvenu dans une région où les opportunités économiques sont rares.

Installé au pied de la montagne, le bâtiment est visible de loin : c’est une école comprenant 6 salles de classes, 1 salle pour les enseignants, 1 salle multi-usage servant de bibliothèque et de salle d’informatique, le tout équipé du mobilier nécessaire. La construction est complétée par un bloc sanitaire avec accès à l’eau courante, un terrain de sport extérieur pour la pratique du volley-ball, et d’un mur d’enceinte.

Une joyeuse cérémonie réunissant les écoliers, les villageois et les autorités locales a clos le projet. Les jeunes élèves de 5 classes du programme préscolaire de Nai Qala se sont joint à la fête et ont découvert l’école qui les accueillera au printemps. L’inauguration du nouveau bâtiment fut l’occasion de remettre officiellement les clés de l’école au directeur de l’établissement et à la communauté pour le plus grand plaisir des 540 bénéficiaires actuels et des futures générations d’écoliers de Dou Aab.

Quand les enfants ne peuvent pas aller Ă  l’Ă©cole, l’Ă©ducation vient Ă  eux

L’Ă©ducation Ă  base communautaire (EBC) permet aux enfants d’âge scolaire de recevoir une Ă©ducation, mĂŞme lorsque les Ă©coles sont difficiles Ă  atteindre. 

Des millions d’enfants ne sont pas scolarisĂ©s en Afghanistan ; beaucoup vivent dans des zones difficiles d’accès oĂą il n’y a pas d’Ă©cole formelle ou dans lesquelles l’Ă©cole la plus proche n’est pas accessible Ă  pied. Terminer l’Ă©cole primaire est un dĂ©fi, surtout dans les zones rurales et pour les filles, malgrĂ© quelques progrès rĂ©cents dans la scolarisation. La pĂ©nurie d’Ă©coles et l’absence de moyens de transport sont les principaux obstacles Ă  l’Ă©ducation. Les barrières gĂ©ographiques, en particulier dans les zones montagneuses, compliquent l’accès des enfants Ă  la salle de classe : une longue marche vers l’Ă©cole implique que moins d’enfants s’y rendent.

Pour les enfants des zones isolĂ©es en âge de frĂ©quenter l’Ă©cole primaire, de la première Ă  la sixième annĂ©e, le ministère de l’Ă©ducation a mis en place un enseignement alternatif dans des bâtiments communautaires ou des maisons privĂ©es, avec un enseignant issu de la communautĂ© locale. L’Ă©ducation communautaire a une longue histoire en Afghanistan, qui remonte aux « écoles de village » soutenues par le gouvernement dans les annĂ©es 1970, lorsque les villages Ă©taient trop dissĂ©minĂ©s ou que leur population Ă©tait infĂ©rieure au seuil de scolarisation primaire. Aujourd’hui, bien que la plupart de ces classes communautaires soient soutenues par des ONG, le ministère de l’Ă©ducation s’est engagĂ© Ă  soutenir cette Ă©ducation non formelle et reconnaĂ®t officiellement les classes communautaires comme un service de proximitĂ© au sein du système Ă©ducatif national.

En Afghanistan, l’EBC s’est avĂ©rĂ©e ĂŞtre une approche efficace pour atteindre les enfants non scolarisĂ©s, en particulier les filles.

L’Ă©ducation avec une infrastructure minimale et flexible

Les villageois fournissent une salle de classe, une grande pièce dans une maison privĂ©e, un bâtiment communautaire ou une mosquĂ©e, et dĂ©signent des enseignants potentiels au sein de la communautĂ©. Les organisations d’aide forment les enseignants, paient leurs salaires et fournissent les manuels scolaires approuvĂ©s par le gouvernement ainsi que les petites fournitures. Le gouvernement intègre les classes communautaires dans le système Ă©ducatif plus large et certifie les enseignants. Chaque centre communautaire dessert le village dans lequel il est situĂ© ; l’Ă©ducation communautaire est rĂ©partie sur plusieurs sites, ce qui rend la frĂ©quentation plus pratique pour les enfants vivant dans des rĂ©gions Ă©loignĂ©es. 

Ces programmes communautaires sont faciles Ă  mettre en place et relativement bon marchĂ© : pas besoin d’infrastructures complexes, les enseignants appartiennent Ă  la communautĂ©. Lorsque l’accès Ă  l’Ă©cole primaire est un dĂ©fi, les enfants ont la possibilitĂ© de recevoir une Ă©ducation de base et d’intĂ©grer les Ă©coles formelles lorsqu’ils sont assez âgĂ©s et suffisamment sĂ»rs pour marcher. L’EBC donne aux communautĂ©s l’occasion de dĂ©velopper un sentiment d’appartenance. Les parents sont de solides partenaires, ils peuvent se rendre rĂ©gulièrement dans les classes, vĂ©rifier l’assiduitĂ© et observer les cours. 

L’association Nai Qala comble des lacunes en matière d’éducation dans les communautĂ©s isolĂ©es. 

En construisant des Ă©coles et en gĂ©rant des programmes prĂ©scolaires dans des zones mal desservies des rĂ©gions montagneuses du centre de l’Afghanistan, Nai Qala a pu observer le manque d’installations scolaires formelles et la forte proportion d’enfants non scolarisĂ©s. Lors du suivi du programme prĂ©scolaire en place, le personnel de l’association a dĂ©couvert que dans certains villages, les enfants n’Ă©taient tout simplement pas inscrits Ă  l’Ă©cole primaire. En effet, les distances Ă  parcourir pour se rendre Ă  l’Ă©cole peuvent ĂŞtre longues et empĂŞcher les enfants et/ou les filles les plus jeunes d’assister Ă  une classe formelle. Lorsque les enfants grandissent et sont physiquement capables de rejoindre une Ă©cole, ils sont alors trop âgĂ©s pour ĂŞtre inscrits dans le système Ă©ducatif formel.

La vision de l’association Nai Qala’s est de fournir un paquet complet d’Ă©ducation dans les rĂ©gions rurales Ă©loignĂ©es, de l’âge prĂ©-primaire jusqu’Ă  l’accès Ă  l’Ă©ducation supĂ©rieure avec un programme prĂ©scolaire, la construction de bâtiments scolaires, et des classes de soutien scolaire. Pour combler les lacunes, l’association Nai Qala pilote un projet d’EBC dans 10 villages, depuis septembre 2022, dans le prolongement de son programme prĂ©scolaire. Les classes sont situĂ©es dans les provinces de Bamyan, Daikundi et Ghazni, dans des villages reculĂ©s oĂą l’association gère une Ă©cole maternelle, afin de s’assurer que tous les enfants rĂ©alisent leur droit Ă  l’Ă©ducation.

Après avoir recrutĂ© des enseignants rĂ©pondant aux critères fixĂ©s par le gouvernement, l’association Nai Qala a formĂ© 8 femmes et 2 hommes, avec le soutien du rĂ©seau de dĂ©veloppement Aga Khan (AKDN). Après la formation, les enseignants sont retournĂ©s dans leurs villages et supervisent une trentaine d’enfants, âgĂ©s de 7 Ă  8 ans (parfois jusqu’Ă  13 ans) pendant une annĂ©e scolaire intense. Avec le soutien de l’AKDN, Nai Qala a fourni Ă  chaque communautĂ© un tableau noir, de la moquette, de la papeterie, des cahiers et des manuels scolaires afin que chacun soit Ă©quipĂ© pour suivre la classe. De plus, les employĂ©s de Nai Qala assurent un suivi de chaque classe, mettant Ă  profit l’Ă©quipe prĂ©scolaire en place.

Une première visite de suivi dans la province de Ghazni a confirmĂ© que le besoin de ces classes est Ă©norme. En effet, le jour oĂą le projet a dĂ©marrĂ©, plus de 80 filles Ă©taient impatientes de pouvoir s’inscrire, mais comme les capacitĂ©s de l’organisation sont limitĂ©es Ă  35 Ă©lèves, plus de 45 filles ont Ă©tĂ© laissĂ©es en pleurs, déçues et avec un sentiment d’exclusion, tandis que leurs pères exprimaient aussi leur tristesse. Ces villages reculĂ©s n’ont jamais bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un soutien extĂ©rieur ; l’Ă©ducation des filles fait dĂ©faut ; la mortalitĂ© infantile et maternelle est Ă©levĂ©e…

L’Ă©ducation communautaire ouvre l’horizon, le cĹ“ur et l’esprit Ă  l’apprentissage dans les conditions les plus difficiles. Cette annĂ©e, plus de 300 enfants bĂ©nĂ©ficient du projet d’Ă©ducation communautaire de l’Association Nai Qala.