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Nutrition et jardinage

Améliorer le statut nutritionnel en promouvant le jardinage

Bien que l’attention soit concentrée sur les transitions politiques et sécuritaires du pays, la malnutrition est une préoccupation majeure en Afghanistan. Parce que l’absence d’une nutrition adéquate a des effets cruciaux à long terme sur les individus et sur le développement social et économique, le statut nutritionnel mérite l’attention et des actions appropriées.

Une enquête nationale, menée conjointement par le ministère de la santé publique, l’UNICEF et l’université Aga Khan, fournit un état des lieux du statut nutritionnel des femmes, enfants, adolescents et personnes âgées [1]. On y apprend notamment que le pays affiche l’un des taux de retard de croissance (« stunting » ; rapport poids/âge) les plus élevés au monde, avec 41% des enfants de moins de cinq ans affectés. Le retard de croissance est un signe de dénutrition chronique pendant les périodes de croissance les plus critiques. Un retard de croissance empêche les enfants d’atteindre leur potentiel; les enfants touchés sont plus susceptibles de contracter des maladies et ont moins de succès à l’école.

La carence nutritionnelle chronique en Afghanistan est en grande partie le résultat d’une mauvaise alimentation. Une diversité alimentaire inadéquate et des quantités insuffisantes de nourriture, associées à une mauvaise hygiène, représentent des risques pour la santé et sont une cause de mortalité chez les enfants plus âgés. Lorsque les mères ont un régime alimentaire inadéquat, un cycle vicieux se crée; les nourrissons souffrant de malnutrition grandissent pour devenir des mères avec un retard de croissance, génération après génération.

Les projets de Nai Qala comme porte d’accès à d’autres actions axées sur la nutrition

Les mauvaises pratiques d’alimentation sont courantes en Afghanistan et ne sont pas seulement un résultat de la pauvreté, mais aussi des connaissances limitées des familles ou de la façon dont les normes sociales influencent les décisions. Le personnel du dispensaire de Nawur est formé pour aider les femmes à acquérir les connaissances et les informations nécessaires pour adopter de saines habitudes alimentaires.

Les classes d’éducation de la petite enfance sont aussi un moyen de transmettre des messages de prévention liés à la santé ; les enfants y apprennent par exemple à se laver les mains avant de prendre, en commun, le repas.

Plusieurs types d’actions peuvent être entreprises afin de remédier à certaines causes de la malnutrition. Les infrastructures communautaires construites par Nai Qala représentent un tremplin formidable permettant de faire passer des messages positifs de prévention santé.

Des plantations de carottes aux alentours du dispensaire de Nawur

Les vertus de la vitamine A ne sont plus à prouver; prévention de la cécité ou renfort des défenses immunitaire, en particulier celles des enfants. Carottes, abricots, épinards, ou encore les œufs sont des aliments source de vitamine A qui font partie d’une alimentation saine et diversifiée pour les enfants dans de nombreuses régions du monde. Malheureusement, même les régimes les moins variés sont encore hors de portée pour plus des deux tiers des nourrissons et des jeunes enfants dans les pays à faible revenu et les régions reculées du centre de l’Afghanistan ne font pas exception. Pour augmenter les chances de survie des enfants, améliorer leur développement et prévenir le retard de croissance, des interventions nutritionnelles doivent être mises en place pendant la grossesse de la mère et les premières années de la vie de l’enfant. En Afghanistan, on estime que plus de 80% des enfants reçoivent des suppléments en vitamine A au cours de leurs deux premières années de vie [2], et les jeunes enfants des environs du dispensaire de Nawur profitent des campagnes nationales de supplémentation. Les jeunes mères et la population profitant du dispensaire reçoivent aussi des conseils de jardinage et des semences de légumes. On a pu constater ainsi une multiplication des plants de carottes dans les jardins familiaux de la région, une source importante de vitamine A pour petits et grands.

Compétition de jardinage à l’école

L’école Zeera Gag, construite il y a quelques années par l’Association Nai Qala, est aujourd’hui l’un des rares coins de verdure de la région et représente une source d’inspiration pour toute une population. Chaque classe participe à une compétition de jardinage. Les enfants font pousser des légumes et plantent des arbres fruitiers, s’assurent qu’ils soient bien irrigués et s’occupent avec soin du terrain qui leur est attribué. Les enfants sont heureux que leur école ait un environnement aussi vert et propre, et sont aussi très fiers de voir le résultat de leur dur labeur. C’est incroyable de voir comment la culture et l’intérêt pour l’alimentation ont changé. Les enfants encouragent leurs parents à cultiver des légumes chez eux aussi.

« Cinq de mes enfants vont à l’école de Zeera Gag. Depuis qu’ils ont commencé l’école, ma vie a changé: ils rentrent propres, tombent rarement malades, et sont très motivés pour planter des légumes et des arbres à la maison. Maintenant nous avons beaucoup de légumes dans notre jardin, notre alimentation a changé et nous avons pris l’habitude de manger des aliments plus variés, je vois mes enfants heureux, cela nous rend heureux … »  témoigne Zahra, mère de 7 enfants.

Le jardinage comme solution à la malnutrition ?

Les résultats d’une étude financée par UKAid [3] montrent que la possession de terres irriguées et de parcelles de jardin est positivement associée avec la diversité alimentaire des ménages.

Les recommandations de la FAO et l’OMS mettent l’accent sur les bienfaits de la diversification alimentaire pour lutter contre de nombreuses maladies liées à la nutrition. La diversité alimentaire est utilisée pour évaluer la qualité de l’alimentation et la sécurité alimentaire. Le jardin potager est un support pratique pour améliorer le contenu nutritionnel de l’alimentation et, en fin de compte, améliorer la santé des populations locales. La présence d’infrastructures communautaires ou encore les petites actions de Nai Qala qui encouragent le jardinage par la communauté sont une contribution concrète à l’amélioration de l’état de santé des populations locales.

[1] National Nutrition Survey Afghanistan (2013): https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Report%20NNS%20Afghanistan%202013%20%28July%2026-14%29.pdf

[2] https://data.unicef.org/topic/nutrition/vitamin-a-deficiency/

[3] Kawsary, R., Zanello, G. and Shankar, B. (2018) The Role of Irrigation in Enabling Dietary Diversity in Afghanistan, LANSA Working Papers Vol 2018 No 26, IDS: Brighton

Children with carrots afghanistan

Une nouvelle école pour Sokhtagi

Une éducation de qualité, des conditions d’apprentissage améliorées et une augmentation des inscriptions : des objectifs largement atteints pour le projet de Sokthagi.

Inauguration

Le 27 août 2018, des centaines d’écoliers et de villageois de Sokhtagi se sont rassemblés sous un soleil de plomb afin d’inaugurer ensemble la nouvelle école. Cet évènement n’a pas été seulement un moment de célébration, mais surtout l’occasion pour Nai Qala de remettre le projet à la communauté, aux anciens, aux écoliers et à leurs parents, ainsi qu’aux autorités locales et provinciales. L’invitation de Nai Qala a été honorée par de nombreux officiels, dont le gouverneur et le ministre provincial de l’éducation. La cérémonie a été organisée par Nai Qala qui en a délégué une partie à un comité local composé d’écolières et de représentants de la communauté.

La cérémonie s’est déroulée de façon très harmonieuse, mélangeant des parties officielles avec des discours et des moments récréatifs : un musicien jouant du dambura, des chansons et des poèmes spécialement créés pour l’événement et présentés par certaines élèves. Une petite délégation d’écolières de Zeera Gag, un village où Nai Qala a construit une école en 2015 a même pris la route plus de 5 heures pour apporter un message d’encouragement à leurs pairs de Sokhtagi.

Le projet

Mais refaisons un petit saut en arrière : la première pierre a été posée le 6 septembre 2017 devant les écolières, le corps enseignant, les villageois et les autorités locales. L’objectif principal du projet était de fournir une éducation de qualité, d’améliorer les conditions d’apprentissage et d’accroître les inscriptions des filles et des garçons en construisant un bâtiment scolaire entièrement équipé pour 530 écoliers.

Dès la signature de l’accord de projet, les gens ont été impatients de voir la construction de l’école commencer. La consultation et la coordination avec la communauté étaient des priorités pour Nai Qala avant et pendant la construction – et aujourd’hui encore alors que l’école accueille déjà ses élèves. Le choix du site, puis la qualité des matériaux de construction et l’importance de l’entretien ont été régulièrement discutés avec les aînés de la communauté. Afin de rassurer les autorités provinciales et Nai Qala de la sécurité et de l’entretien du bâtiment scolaire après l’achèvement des travaux, les membres de la communauté se sont présentés avec enthousiasme pour contribuer, selon leurs capacités, non seulement à la construction, mais aussi à l’entretien futur. Dans le cadre de l’accord avec l’entreprise de construction, une main-d’œuvre non qualifiée pour les travaux de construction a été embauchée localement afin de compléter le contingent de travailleurs qualifiés recrutés dans d’autres régions.

Compte tenu de l’enthousiasme de la communauté et de l’engagement de Nai Qala en faveur d’un travail de qualité, le gouvernement provincial a inclu le bâtiment de l’école Sokhtagi dans son plan de développement et a pris en charge le processus d’enregistrement. La gestion des écoles et l’entretien des bâtiments ont été coordonnés avec les autorités locales et provinciales.

Le projet a été mis en œuvre conformément au calendrier et aux spécifications prévues, et s’est terminé presque une année, jour pour jour, après le début des travaux. Le résultat est un bâtiment scolaire de 16 pièces, dont 9 salles de classe pour 530 élèves, un laboratoire et une salle d’informatique, une bibliothèque, deux salles pour l’administration et deux salles de stockage. Le projet a atteint tous les objectifs stipulés dans la proposition initiale et Nai Qala est très fière de fournir un environnement scolaire digne aux écoliers de la communauté de Sokhtagi.

Le futur

Au lendemain de l’inauguration de l’école, une équipe conjointe d’employés de Nai Qala, de membres de la communauté, du ministère provincial de l’Éducation et de bénévoles du Rotary club de Kaboul a passé en revue la construction et confirmé qu’elle a été réalisé dans les délais prévus et que le projet a atteint tous ses objectifs. Les membres de l’équipe se sont entretenus avec la communauté bénéficiaire, les parents d’enfants d’âge scolaire et les autorités provinciales au sujet du résultat du projet. Les interlocuteurs ont exprimé leur entière satisfaction et leur joie, et se sont engagés à prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir le bâtiment scolaire dans les meilleures conditions possibles. « Avant même la remise de l’école, nous en parlions comme si c’était la nôtre. Maintenant, c’est vraiment la nôtre. Toute la province nous observera. Nous devons leur montrer que nous pouvons entretenir notre école et tout son équipement – et nous pouvons le faire parce que nous travaillons tous ensemble aujourd’hui. Ce n’est qu’un début pour nous »a déclaré un dirigeant de la communauté.

Afin d’assurer la durabilité du projet, Nai Qala a consulté tous les intervenants pour obtenir leur accord. En réponse, le gouvernement central a inclus l’école dans son plan national de développement de l’éducation et s’est engagé, par écrit, à gérer l’école conformément au programme scolaire national, aux normes éducatives et au matériel pédagogique. Le gouvernement assurera un suivi auprès de la communauté pour s’assurer que le bâtiment est bien entretenu et fournira un petit montant d’aide financière pour les réparations en cas de dommages causés par la neige ou le vent.

La communauté a mis en place un comité de protection de l’école pour superviser le projet et s’occuper de l’entretien en cas de dommages. Elle s’est également engagée à embaucher des enseignants supplémentaires au cas où le gouvernement n’en affecterait pas suffisamment.

La construction et l’équipement complet de l’école de Sokhtagi a été saluée par la communauté locale et les bénéficiaires du projet (élèves et parents d’élèves), les représentants du ministère national de l’éducation, le directeur du ministère provincial de l’éducation et le président du conseil provincial. Nai Qala a appris que la construction de l’école avec toutes ses installations, y compris les ordinateurs pour la formation, dans cette partie reculée du pays était un rêve qui est devenu réalité grâce à l’association et à ses donateurs.

Le ministère de l’éducation et le ministère provincial de l’éducation ont remercié Nai Qala d’avoir mis en œuvre une partie de son plan de développement qui exigeait une somme importante d’argent et des efforts techniques. Les autorités ont promis de s’occuper de l’entretien et de la gestion de l’école, y compris l’affectation des enseignants.

Impact

De nombreux indicateurs tangibles attestent du succès du projet. Le nombre initial d’écoliers inscrits a augmenté significativement car les parents sont désormais assurés de la sécurité de leurs enfants. De plus, de nombreuses filles qui avaient quitté l’école parce qu’elles devaient parcourir de longues distances à pied pour recevoir un enseignement dans un environnement de qualité médiocre ont repris leurs études en rejoignant une classe de l’école ou dans un cours d’enseignement communautaire afin de pouvoir rejoindre les classes de l’école de Sokhtagi. Après seulement quelques semaines de fonctionnement, on peut déjà constater un baisse importante du taux d’absentéisme. « Nous ne sommes plus distraites par le bruit », « Nous avons les mêmes conditions d’apprentissage qu’à Kaboul ou Bamyan », « Nous n’avions jamais imaginé qu’une telle construction puisse exister » sont des messages que l’on peut désormais entendre souvent à Sokhtagi.

Les villageois ont décidé de permettre aux garçons, qui devaient parcourir de longues distances à pied pour aller à l’école dans d’autres localités, de rejoindre les filles à l’école de Sokhtagi où des classes mixtes seront créées.

L’arrivée d’un bâtiment scolaire a un impact sur la durée de l’année scolaire : en raison des fortes pluies ou de la neige, les cours n’avaient simplement pas lieu, raccourcissant d’une durée non négligeable la couverture du programme scolaire. Les enseignants ne pouvaient pas suivre le programme annuel car les cours se déroulaient en plein air et étaient impossibles pendant les fortes pluies ou les chutes de neige. Le projet permettra donc aux enseignants et aux élèves de terminer le programme scolaire dans des classes situées à l’intérieur sans devoir compter avec des conditions météorologiques extrêmes

L’objectif principal de ce projet était de fournir une éducation de qualité, d’améliorer l’environnement d’apprentissage et d’accroître les inscription en construisant un bâtiment scolaire entièrement équipé. Au vu de ce qui précède, le projet a déjà atteint tous ses objectifs.

Grâce aux projets de Nai Qala, les habitants des régions isolées et exclues du centre de l’Afghanistan sont en mesure de se forger un avenir meilleur. Pourtant, l’impact le plus important se fera sentir dans les années à venir. Les habitants de Sokhtagi sont fiers de leur école. Ils y ont contribué et le processus les a aidés à bâtir leur confiance. Maintenant, c’est à eux et à leurs enfants d’en faire bon usage.

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Formation d’éducatrices de la petite enfance

En Afghanistan, la formation des enseignants du pré-primaire est assurée par les ONGs

Bien qu’en Afghanistan le cycle pré-primaire fasse partie du plan national de l’éducation, il n’existe pas encore de formation officielle pour les enseignants et le soutien du gouvernement à l’éducation de la petite enfance reste plutôt limité. Ce sont ainsi des organisations non gouvernementales qui prennent le relais pour former des centaines d’enseignants chaque année et/ ou mettre en place des programmes d’éducation pré-primaire.

Parmi les ONGs actives sur le terrain, la Fondation Aga Khan bénéficie d’une expérience de plusieurs années dans l’éducation de la petite enfance en Afghanistan et dans d’autres régions du monde. Elle a ainsi établi, grâce à son réseau mondial, ses propres méthodes d’apprentissage et forme, chaque année, des centaines d’enseignants. Lors du lancement du projet de Nai Qala d’éducation de la petite enfance en 2017, deux futures éducatrices avaient suivi la formation dispensée par la fondation Aga Khan.

Au printemps 2018, Nai Qala a étendu son projet à 7 nouvelles classes et a recruté une dizaine de nouvelles enseignantes. La formation des jeunes femmes a été confiée à une « ancienne » du projet, Khatira, qui a organisé un séminaire de formation à partir des notions pédagogiques acquises lors de sa propre formation, et enrichies par son expérience. La méthode d’enseignement pour les classes de maternelle est centrée sur l’élève, les travaux de groupe et fait un usage extensif des cartes-flash : les petites cartes que tout étudiant a utilisé au moins une fois dans sa vie pour faire les révisions… pour les plus petits, on écrit un mot d’un côté et de l’autre on le représente par un dessin. Khatira assure aussi une fois par semaine un suivi auprès des nouvelles enseignantes, dans leur classe respective et les invite aussi à observer de temps en temps le déroulement de sa classe. Les enseignantes sont conscientes que les intérêts et les capacités des enfants varient considérablement au niveau préscolaire et que, par conséquent, des activités individuelles, en groupes soient prévues pour répondre aux besoins des enfants et promouvoir le développement des aptitudes cognitives, langagières, sociales, affectives et physiques. Dans les classes préscolaires, les possibilités d’exploration créative des enfants sont mises en équilibre avec les conseils des enseignants pendant les activités d’enseignement et d’apprentissage structurés.

Afin de compléter la formation pédagogique des enseignantes, Nai Qala a aussi organisé pour quelques éducatrices, un cours de premier secours en partenariat avec l’organisation non gouvernementale JRS (Jesuit Refugee Service). afin d’acquérir les bons réflexes, spécialement lorsque on s’occupe de jeunes enfants. Quatre étudiantes se sont rendues à Kaboul dans les locaux du JRS pour apprendre comment stopper une hémorragie, traiter une brûlure, mettre en place une attelle ou encore faire un bandage. Ce cours, pensé et dispensé par une infirmière retraitée suisse, a été très apprécié et les jeunes femmes qui ont participé ont reçu la mission de transmettre les connaissances nouvellement acquises non seulement à leur collègues restées sur place, mais aussi aux parents de leurs jeunes élèves.

Le plan stratégique national de l’éducation afghan 2017-2021 prévoit un nouveau diplôme spécialisé en développement de la petite enfance et en éducation primaire; malheureusement, par manque de moyen, le cursus n’est pas encore en place aujourd’hui. Cependant un tel objectif est la reconnaissance du rôle que des enseignants possédant des compétences spécialisées en matière d’enseignement et de développement ainsi qu’une bonne compréhension peuvent avoir un impact positif sur le taux d’abandon scolaire et assurer un apprentissage solide aux enfants du cycle primaire inférieur. En attendant la mise en place d’un programme officiel de formation pour les enseignants, les ONGs jouent un rôle important pour transmettre des notions de pédagogie et aborder les questions transversales telles que la santé, l’environnement et l’égalité des sexes.

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Ramassage des déchets

Le changement de comportement et la participation du public sont la clé d’une gestion fonctionnelle des déchets.

Les déchets augmentent

L’humanité a créé 8,3 milliards de tonnes de plastique depuis que la production à grande échelle des matériaux synthétiques a commencé au début des années 1950, et la plus grande partie réside maintenant dans les décharges ou dans l’environnement naturel [1]. À l’échelle mondiale, quelque 3,5 milliards de personnes n’ont pas accès aux services formels de gestion des déchets et la population des régions reculées d’Afghanistan ne fait pas exception.

Les chiffres mondiaux de la pollution par le plastique donnent des maux de tête: 500 milliards de sacs sont utilisés chaque année, un million de bouteilles sont achetées chaque minute; la plupart des plastiques ne se biodégradent pas, de sorte que les déchets plastiques que les humains ont générés peuvent rester pendant une centaine ou plusieurs centaines d’années. De plus en plus de déchets plastiques se retrouvent dans le paysage afghan, même dans des endroits qui méritent ou ont déjà le statut de parc national. La légende dit qu’un plongeon dans les lacs de Band-e-Amir, le premier parc national afghan, vous guérira des maladies, mais les ordures et les déchets qui semblent se retrouver dans les lacs suggèrent plutôt le contraire.

Initiative communautaire à Sokhtagi

Choquée par la quantité d’ordures qui jonchent les lacs, les lacs et les rivières des environs de Sokhtagi, la présidente de Nai Qala a partagé ses tristes sentiments avec la communauté locale lors de son séjour dans la région, en mars 2018. Ses paroles ont résonné positivement aux oreilles de la communauté et ont poussé les habitants à prendre des dispositions. Fin juin 2018, le conseil d’école de Sokhtagi a organisé une journée générale de collecte des déchets où plus de 350 personnes ont participé. Les parents, les enseignants et les élèves ont rassemblé plusieurs dizaines de kilos de plastique, de verre, de métal et de tissu provenant du marais de Sokhtagi et de ses abords.

Une telle motivation parmi la communauté de Sokhtagi, dans une région historiquement si isolée, est remarquable. Parmi de nombreux autres bénéfices, la construction d’une école rend les villageois attentifs à leur environnement. «Nous avons l’un des plus beaux lacs juste devant notre porte, nous devons en prendre soin et, qui sait, un jour notre village deviendra une zone qui attirera de nombreux étrangers à la visiter» a déclaré un homme qui faisait partie des bénévoles.

Prendre conscience de son environnement et des déchets générés

Nai Qala promeut des valeurs de durabilité et engage la communauté de tous les villages où elle construit une école ou un centre de santé à être consciente de son environnement et à prendre soin de la nature. L’association s’assure que l’environnement soit un sujet discuté avec les bénéficiaires de ses programmes.

À un moment où la Banque Mondiale estime que la production mondiale de déchets solides devrait augmenter de 70% d’ici 2025, les pays en développement faisant face aux plus grands défis, ces initiatives communautaires donnent un signal d’espoir fort. Non seulement la collecte des déchets, mais aussi une réflexion critique sur l’utilisation des matériaux ainsi que de bonnes pratiques de gestion des déchets aideront à garder ces régions éloignées du centre de l’Afghanistan propres. Espérons ensemble que la réduction et la collecte des déchets, une réflexion sur ce que l’on achète et un choix de matériaux plus durable, dans la mesure du possible, feront bientôt partie de la culture locale.

[1]Roland Geyer et al. Production, use, and fate of all plastics ever made. Science Advances, July 2017 DOI: 10.1126/sciadv.1700782

Première rentrée pour 180 petits Afghans

Alors que la plupart des enfants de l’hémisphère nord sont en pleines vacances d’été, 180 jeunes enfants âgés de 4 à 6 ans ont étrenné leur première rentrée ce mois de juillet.

Préparation du matériel

La présidente de Nai Qala, Taiba Rahim et les employés du bureau de Kaboul n’ont pas chômé ces dernières semaines. Plusieurs centaines de kilos de matériel ont en effet été rassemblés à Kaboul pour équiper les classes.

Ce sont des dizaines de chaises, plusieurs étagères, coffres à jouets, tableaux blancs mais aussi tapis, le tout multiplié par 7, qui ont été envoyés dans 7 villages des régions montagneuses de Ghazni (proche des écoles de Sada, Ghow Murda et Nai Qala).

En plus de l’ameublement, du matériel scolaire en grande quantité a aussi été acheté et transporté ; ce sont, entre autres,:

  • des dizaines de kilos de plots en bois fabriqués pour l’occasion par des menuisiers locaux;
  • des jouets, jeux de construction, des petites voitures, de la dînette, des ballons et biens d’autres;
  • du papier, du carton, des crayons de couleur, de la peinture;
  • du matériel hygiénique de base tels savons, brosses à dents et dentifrice.

Le team de Kaboul, représenté par MM. Qeyam et Ali Reza s’est impliqué à 200% dans l’installation des classes, non seulement depuis la capitale où ils ont organisé soigneusement toute la logistique et où ils se sont assurés que le matériel acheté était correctement emballé pour subir les aléas du transport sur des routes parfois très cahoteuses mais aussi sur le terrain. Qeyam a passé un mois complet dans les villages pour s’assurer que tout le matériel était bien arrivé et distribué, et que chaque classe était parfaitement installée. Chaque village est séparé par une distance de 20 minutes à 1 heure de voiture; pour relier le premier au dernier village, il faut compter 4 heures de route.

Formation accélérée pour les enseignantes

Après un processus de recrutement où plus de 55 candidates se sont présentées, le team de Kaboul a retenu 9 jeunes femmes. Celles-ci sont des filles diplômées des 3 premières écoles  construites par Nai Qala, souvent célibataires ou parfois déjà mariées, et qui sont titulaires d’un diplôme d’une haute école (université ou autre). Comme les perspectives d’emplois dans ces régions reculées sont minimes, la création de classes d’éducation de la petite enfance ouvre de nouvelles perspectives d’emploi.

C’est à Zewar, une des deux enseignantes des classes d’éducation de la petite enfance ouvertes en 2017, qu’est incombée la responsabilité d’organiser un atelier de 3 jours pour donner quelques bases de pédagogie aux nouvelles recrues. Zewar avait elle-même bénéficié d’un atelier pratique d’une semaine, suivi par un autre en cours d’emploi, avant d’enseigner aux petits. Pour les jeunes femmes, l’atelier était la première expérience du genre de leur vie.

En plus de cette formation expresse, Zewar suivra au jour le jour les nouvelles enseignantes dans leurs classes respectives. Elle se rendra dans chaque village, en voiture accompagnée d’un chauffeur expérimenté, pour encourager, guider et soutenir chacune des maîtresses dans leur nouvelle expérience.

Lors de l’atelier de formation, les jeunes femmes ont découvert le matériel pédagogique mais ont pu aussi se familiariser avec les jeux et jouets divers. Cette formation a aussi été l’occasion de tester pour la première fois des jouets, auxquels elles n’avaient pas eu accès lorsqu’elles étaient petites. Une découverte émouvante !

Implication de la communauté locale

L’implication de la communauté locale est essentielle dans le projet. Chaque communauté a en effet mis à disposition la meilleure salle du village afin de créer des conditions d’apprentissage adéquates. Dans certains cas, si les tapis apportés par Nai Qala ne recouvraient pas tous les sols, les villageois ont mis à disposition de la moquette pour couvrir les parties manquantes. La communauté a pris très à cœur l’installation du matériel, participant au déchargement, déballage et aménagement.

Chaque village a attendu avec impatience l’arrivée de Qeyam; toute la communauté des hommes, des femmes, des enfants s’est rassemblée, prête à offrir son aide pour  transporter le matériel, arrimer le panneau informant du projet au bord de la route ou encore aménager la classe.

Ce qui ne se voit pas

La mise en place d’un projet d’une telle envergure nécessite des mois de préparation. Ce sont en effet de nombreuses visites auprès des ministères central et provincial, et des heures de négociations avec les villageois qui ont été nécessaire pour assurer la durabilité du projet. Un accord a été signé avec le gouvernement pour assurer le suivi au-delà des 3 premières années de fonctionnement; des accords avec chaque communauté locale ont été conclus pour assurer la mise à disposition des locaux où les cours seront dispensés.

Chaque organisation opérant dans le domaine de l’éducation doit impliquer le ministère de l’éducation puisque celui-ci se porte garant du plan national d’éducation. Par conséquent, le gouvernement surveillera les progrès du projet et formulera également des suggestions constructives à son propos. Le ministère de l’éducation, par le biais de sa direction au niveau provincial, s’est donc engagé à assurer le suivi pour s’assurer que le projet fonctionne en s’appuyant sur la communauté et pour gérer les classes d’éducation de la petite enfance en terme de ressources humaines, après 2020.

La rentrée scolaire

Ce sont au total 180 enfants qui ont participé à leur première rentrée scolaire. Le projet d’éducation de la petite enfance de Nai Qala, touche 9 classes de 9 villages : 7 nouvelles classes qui se sont ajoutées aux 2 classes déjà initiées lors de la rentrée de l’été 2017.

Les petits, entre 4 et 6 ans, apprendront non seulement à lire et à écrire mais aussi à imaginer et à se développer par le jeu et les activités artistiques. La classe d’éducation de la petite enfance est aussi l’occasion pour ces jeunes enfants de se sociabiliser et apprendre quelques bonnes manières et les bases l’hygiène.

Après quelques jours seulement de cours, les retours sont déjà très positifs. Les parents affirment qu’ils n’ont pas de problème à réveiller leurs enfants tôt le matin, ce qui n’était pas forcément le cas avant la rentrée. Les habitants des 9 villages sont très heureux et font en sorte que le programme se passe bien. Les enseignantes sont super motivées et la joie se lit sur les visages des enfants.

Pour en savoir plus sur Nai Qala et l’éducation de la petite enfance, c’est par ici.

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Bamyan, entre espoir et ouverture

Un festival de musique comme symbole d’un changement émergent

Après toutes les horreurs qui se sont déroulées à Bamyan, la ville est en passe de devenir le centre musical de l’Afghanistan. Un signal fort démontrant le non-sens de la destruction des monuments historiques, des concerts ont lieu juste devant l’emplacement vide des bouddhas.

Pour la deuxième année consécutive Bamyan accueille le festival de dambora, une guitare traditionnelle à 2 cordes. Le festival de musique  est ouvert à tous les musiciens débutants ou confirmés, garçons, filles, vieux ou jeunes… et bien sûr aux stars. Le festival a lieu, cette année du 29 au 30 juin.Des milliers de fans acclament leurs musiciens et chanteurs préférés, et certains esquissent quelques pas de danse.  La province de Bamyan est la seule d’Afghanistan où les femmes vont au concert et peuvent exprimer  librement leur joie. Le festival est un symbole d’un changement émergent qui se manifeste même dans les moments de souffrance et de désespoir.

Le festival de dambora se passe dans une région où Nai Qala a construit 6 écoles et a également contribué à des changements positifs, en particulier l’autonomisation des femmes. Les écoles de Nai Qala se trouvent juste au delà des montagnes!

Le dispensaire de Nawur comme base confirmée pour la vaccination

Le centre de santé de Nawur est utilisé comme plate-forme pour les campagnes de vaccination dans la région.

L’Afghanistan est l’un des trois derniers pays au monde où la poliomyélite est encore endémique [1]. 14 cas de polio ont été signalés en 2017 et, à la fin d’avril 2018, 7 nouveaux cas ont été detectés dans le pays [2]. La polio affecte principalement les enfants de moins de 5 ans et une infection sur 200 entraîne une paralysie irréversible.

La poliomyélite est l’une des rares maladies qui peuvent être éradiquées et elle peut être éradiquée parce qu’elle n’affecte que les humains, car il existe un vaccin oral bon marché, sûr et simple, et  parce que l’immunité dure toute la vie.

En mars, l’initiative afghane d’éradication de la poliomyélite a mené sa première campagne nationale d’immunisation de 2018, pour éradiquer la maladie . En seulement une semaine, environ 70’000 travailleurs ont frappé aux portes et arrêtés des familles dans les centres de santé, dans les rues et aux postes frontières pour vacciner près de dix millions d’enfants [3]. Les données de suivi ont reflété plus de 94% de couverture dans chaque campagne de vaccination en 2017. Le nombre d’enfants non atteints en raison de l’inaccessibilité géographique a baissé depuis 2017 mais on estime que 138 000 enfants manquaient toujours dans la campagne nationale de mars 2018.

Sans une clinique, une région comme Nawur serait restée inconnue des autorités sanitaires. À son ouverture, le ministère de la santé publique a informé des organisations telles l’UNICEF, qui ont enregistré la clinique en tant que centre de vaccination. Le ministère et ses partenaires tentent depuis longtemps d’atteindre des zones isolées avec des campagnes de vaccination et la clinique de santé leur fournit une base fiable dans la région. Avant la mise en place, en 2011,  de la clinique de Sar Assya dans le district de Nawur [4], diverses maladies restaient non traitées, le taux de mortalité des mères et des enfants était élevé et les enfants ne recevaient pas les vaccinations requises. Les services de la clinique de Nawur ont apporté des améliorations significatives dans la situation sanitaire de la population.

Depuis l’inscription du dispensaire dans le système national de soins de santé, le personnel de Nawur a vacciné des milliers d’enfants non seulement contre la polio, mais aussi contre d’autres maladies infectieuses comme la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, etc. En 2017, 1 022 enfants et plusieurs centaines de femmes ont été vaccinés à Nawur. Au cours de la seule campagne de vaccination de mars 2018, 142 jeunes enfants ont reçu le vaccin antipoliomyélitique.

Grâce à sa mise en œuvre dans une région reculée du centre de l’Afghanistan, le centre de santé de Nawur contribue à la réduction de la mortalité et sert de base à la vaccination et à d’autres campagnes de prévention.

[1] http://moph.gov.af/en/page/polio-eradication/polio-situation-updates

[2] Note: depuis 2016, aucun cas n’a été signalé dans la région centrale de l’Afghanistan où Nai Qala opère.

[3] http://www.emro.who.int/afg/photo-essays/ten-million-children-70000-workers-five-days.html; http://www.emro.who.int/afg/programmes/polio-eradication-initiative.html

2011 – Sar Assya

Education des filles, un changement d’état d’esprit

Promouvoir l’éducation des filles et les changements culturels grâce à un programme de renforcement des capacités

Améliorer la qualité de l’éducation dans les écoles que Nai Qala a construit.
Dans l’ensemble, la qualité de l’éducation en Afghanistan, en particulier dans les zones rurales, est très basse. Pour remédier à cela, l’Association Nai Qala non seulement construit des bâtiments scolaires dans ces régions isolées, mais propose aussi plusieurs classes de tutorat en sciences, et des cours de préparation au test national d’entrée à l’université. Sans ces cours, beaucoup de filles n’auraient pas pu se présenter à l’examen, les parents n’ayant pas les moyens et la motivation de les envoyer en ville pour suivre des cours particuliers.

Le rôle des enseignants de Nai Qala dans le renforcement des capacités représente beaucoup plus que le transfert de connaissances scientifiques.
Inspirée par son expérience avec les systèmes scolaires occidentaux qui favorisent une communication régulière entre les enseignants et les parents, la présidente de Nai Qala a motivé les enseignants-formateurs à établir une telle culture de dialogue. Les formateurs rencontrent les parents, souvent à la maison, pour les encourager à apporter leur soutien aux enfants. Dans les régions rurales reculées, de nombreux parents sont analphabètes et ne peuvent pas aider les enfants à faire leurs devoirs, mais ils peuvent par contre les aider en leur donnant de l’espace et en leur faisant confiance.

Les formateurs sont très conscients de l’importance du rôle des parents dans l’éducation des enfants et se sont rendu compte que ce soutien manquait à l’école. Les enseignants-formateurs de Nai Qala vont même rendre visite aux parents des élèves qui ne participent pas pendant les cours; ils marchent parfois pendant quelques heures pour trouver une maison presque isolée, dans les montagnes, avec un petit bout de terrain et quelques têtes de bétail. Quand les parents voient le professeur, ils ont d’abord un peu peur, se demandant ce qu’il attend d’eux et pourquoi il vient chez eux. Cependant, lorsque les enseignants se présentent et expliquent que cela fait partie de leur rôle de rencontrer les parents, non seulement parce que leur enfant vient en classe de renforcement des capacités, mais aussi pour féliciter les parents de les envoyer au cours. Beaucoup de parents ne peuvent croire ce qu’ils entendent et deviennent émotifs. Étonnamment, les enseignants voient très souvent une attitude différente chez leurs élèves dans les jours qui suivent la visite. Cette fille ou ce garçon vient plus tôt à l’école et interagit plus, étant maintenant conscient que ses professeurs lui donnent de l’importance.

Les enseignants prennent des initiatives pour stimuler la participation des filles en classe.
Les enseignants discutent entre eux de la participation et de l’implication des élèves dans la classe. Ils ont, par exemple, décidé de répartir dans des classes séparées deux sœurs qui étaient trop passives pendant les cours et ont encouragé leurs camarades à soutenir les sœurs. Les filles ont pleuré et ont beaucoup souffert de la séparation pendant quelques jours, mais sont ensuite devenues par la suite les élèves les plus brillantes de l’école.

Un changement d’état d’esprit des enseignants sur l’éducation des filles.
Les enseignants-formateurs de Nai Qala viennent eux-mêmes de régions rurales reculées du centre de l’Afghanistan, et sont originaires de communautés pauvres et traditionnelles. « Quand j’étais à l’école, j’ai étudié dans une classe mixte, avec des filles. J’ai toujours gardé une idée en tête: pourquoi les filles devraient-elles venir à l’école? Elles ne sont pas faites pour l’école, à quoi cela leur sert-il?  » se souvient Jawad, un enseignant-formateur de Nai Qala âgé de 26 ans. La description des tâches des enseignants-formateurs met un accent particulier sur l’éducation des filles. Les enseignants ont non seulement reçu une formation sur les droits de l’homme et des femmes, mais ils ont également été formés par le personnel de Nai Qala sur la façon d’encourager les filles et leurs parents. Jawad a raconté qu’une fois qu’il a vu une fille répondre à un problème mathématique très complexe devant la classe, sa perception des filles a été changée pour toujours: « Elle a commencé à écrire et à résoudre le problème avec compétence. Dans cette minute, je suis allé au fond de ma pensée et me suis interrogé: pourquoi étais-je si négatif au sujet des filles? Est-ce la société qui m’a influencé? Beaucoup de questions me sont venues à l’esprit et cette nuit-là, je n’ai pas bien dormi … Après cette journée, je suis devenu très déterminé d’aider les filles. C’est maintenant la troisième année que j’enseigne aux filles et les aide pour les matières scientifiques, avec mes collègues. Jusqu’à présent, j’ai aidé environ 1000 filles âgées de 12 à 18 ans. Je n’aurais jamais imaginé que je serais capable de faire mon travail avec une telle motivation. Il n’est jamais trop tard pour se rendre compte que les filles ont les mêmes talents et méritent les mêmes droits que les garçons. Je suis reconnaissant à Nai Qala de m’avoir aidé à réaliser ce point important « .

Avec le soutien de Nai Qala, des centaines de filles sont en route pour l’université. Dans l’une des régions rurales les moins développées de l’Afghanistan, cela représente un changement extraordinaire et apporte de l’espoir. Le programme de renforcement des capacités est une formidable plateforme qui permet d’apporter des changements culturels graduels dans les régions reculées et de promouvoir l’éducation des filles.

Egalité des genres

Les actions de Nai Qala visent à réduire les inégalités entre les genres.

Alors que le monde a progressé vers plus d’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, les femmes et les filles continuent d’être victimes de discrimination dans toutes les régions d’Afghanistan. Le taux d’alphabétisation des jeunes femmes ne s’élève qu’à 57% de celui des jeunes hommes[1].  Les indices de fréquentation scolaire montrent, également et sans ambiguïté, des disparités entre les sexes, qui diminuent en fonction du niveau d’éducation (47.6% des filles fréquentent le primaire, 23.7% fréquentent le secondaire et 5.2 fréquentent l’enseignement supérieur). La part des femmes afghanes dans l’économie ne représente qu’un tiers de celle des hommes, et les indices du chômage et de la proportion de jeunes hors du système éducatif ou formatif, et sans emploi montrent une position très défavorisée des femmes sur le marché du travail.

Le fossé entre les sexes, autant dans l’éducation que l’économie, suggère que les obstacles culturels empêchent d’exploiter le potentiel de développement des filles et des femmes dans la société afghane et qu’ils restreignent leur accès à l’éducation et au marché du travail. Afin de remédier à ce déséquilibre, Nai Qala a placé l’égalité des sexes au cœur de tous ses projets. La vision de Nai Qala est une société éduquée, saine et équilibrée dans laquelle les femmes et les hommes mènent des changements sociaux, culturels et économiques d’une manière inclusive qui permet à leurs enfants – garçons et filles – de prospérer, en se concentrant sur les parties négligées de l’Afghanistan.

Faciliter l’accès à des services d’éducation et de santé de qualité
De longues distances pour se rendre à l’école et une réticence à envoyer les enfants à l’école sont de loin les raisons les plus courantes de ne pas commencer l’école; de plus, la nécessité du travail des enfants et le manque de pertinence à poursuivre les études sont les raisons les plus importantes de mettre fin aux études, des constats soulignés par l’étude nationale sur les conditions de vie (ALCS, [1]). Afin de réduire les distances à parcourir, Nai Qala s’efforce de construire ou de rénover des écoles et d’améliorer la qualité de l’éducation dans les régions reculées. Des conditions d’apprentissage décentes et plus accessibles ainsi que de meilleurs services éducatifs sont une grande motivation pour les enfants à aller ou retourner à l’école. L’école de Katawaie illustre parfaitement l’impact d’un nouveau bâtiment sur l’inscription des enfants à l’école: après son inauguration, l’école de Katawaie a été victime de son propre succès puisque le nombre de filles a augmenté de 25% et que de nouvelles classes ont dû être ouvertes dans la cour de l’école. Un impact similaire a été constaté à Zeera Gag où initialement l’école a été construite pour 520 filles mais où on  en dénombre de 650 aujourd’hui.

L’une des conclusions les plus importantes de l’ALCS est que le principal problème du système éducatif afghan n’est pas tant la rétention et l’abandon, mais surtout le commencement de l’école. Nai Qala a mis en place des cours d’éducation de la petite enfance dans deux villages et prévoit d’en ouvrir de nouveaux. Les cours d’éducation de la petite enfance aident non seulement les garçons et les filles à développer leur imagination, leurs talents et leur confiance dès le plus jeune âge, mais leur apprennent aussi à jouer ensemble, de manière inclusive, comme une habitude normale. Les attitudes, les comportements et les expériences nouvellement acquis chez les jeunes enfants contribuent à leur réussite scolaire à long terme et réduisent les taux d’abandon scolaire. Le programme de la petite enfance met également l’accent sur les mères, en les impliquant activement dans la classe. Un tel programme a un impact particulier sur la famille. Les mères développent leur confiance et, plus important encore, une conscience de la façon dont elles peuvent éduquer leurs jeunes enfants pour contribuer à un environnement familial plus sain.

Selon l’ALCS, 70% des femmes qui ont eu un bébé en Afghanistan au cours des cinq dernières années ont eu au moins un examen prénatal. Cependant, seulement 16 pour cent ont reçu quatre examens prénataux, le nombre recommandé par l’organisation mondiale de la santé pour les grossesses normales. Encore une fois, la distance jusqu’à un centre de santé peut être un facteur contribuant à la faible utilisation des services de santé, mais ce n’est pas le seul. Les hommes ayant des problèmes de santé peuvent se rendre en ville pour se faire soigner dans un hôpital, mais la situation des femmes malades ou enceintes est plus difficile. Une femme malade doit être accompagnée à l’hôpital par une femme et par un parent masculin. Certains problèmes de santé nécessitent un séjour prolongé à l’hôpital et certains nécessitent un suivi médical pendant des mois. De plus, les familles sont souvent réticentes à payer des frais d’hospitalisation prolongée. Par conséquent, les femmes ne se rendent tout simplement pas dans des hôpitaux éloignés. Considérant ce fait, Nai Qala Association a construit un centre de santé de base, à Nawur. Le pourcentage de naissances assistées par du personnel de santé qualifié augmente chaque année; pour la seule année 2017, 126 bébés ont vu le jour, en toute sécurité, dans le centre de santé de Nawur. Le dispensaire profite à 20’000 personnes et a transformé les conditions de santé et les habitudes d’hygiène dans la région, tant pour les femmes que pour les hommes.

Mener le changement en donnant l’exemple
L’Association Nai Qala vise à contribuer au changement culturel en Afghanistan. La présidente de l’organisation, Taiba Rahim, est un modèle dans un pays où le leadership féminin est encore rare [2]. Montrer aux filles que le changement est possible et que les femmes ont un rôle important à jouer est crucial pour l’avenir du pays. Il y a une plus grande participation féminine dans les projets de Nai Qala que dans tout autre projet similaire dans la région. Les femmes ont vu que les projets de Nai Qala sont proposés et menés par une des leurs, ce qui fait toute la différence pour elle. La force nouvellement acquise et la confiance en soi ont incité les femmes du village reculé de Sokhtagi à créer un conseil des femmes, le tout premier conseil des femmes non seulement dans le district, mais certainement aussi dans toute la province.

Tous les employés locaux de Nai Qala reçoivent une formation sur les droits de l’homme et l’égalité des genres. Chaque membre du personnel incarne les valeurs de l’organisation par l’exemplarité de sa pratique et de ses actions, au bureau et sur le terrain. Les enseignants-formateurs sont devenus les meilleurs ambassadeurs de Nai Qala pour promouvoir l’éducation des filles, en discutant avec la communauté ou en motivant les parents en faisant du porte-à-porte.

Offrir aux femmes et aux filles un accès égal à l’éducation, aux services de santé, à un travail décent et à la représentation dans les processus décisionnels peut alimenter des économies durables, et profiter aux familles et aux communautés dans leur ensemble. L’égalité des genres est non seulement un droit humain fondamental, mais aussi la base d’un pays pacifique, prospère et durable. Toute petite amélioration vers l’égalité des genres peut apporter de grands changements dans l’état d’esprit et profiter à l’ensemble de la société.

 

[1] Tous les chiffres proviennent de l’étude des conditions de vie en Afghanistan (« Afghanistan Living Conditions Survey » – ALCS) 2016 – 2017, publiée le 7 mai 2018 par l’organisation centrale des statistiques de la république islamique d’Afghanistan http://cso.gov.af/Content/files/Surveys/ALCS/Final%20English%20ALCS%20Highlight(1).pdf

[2] Le pourcentage de femmes occupant un poste de direction ne représente que 6.6% de celui des hommes (ALCS, 2018).

Réduire la pauvreté rurale – Génération de revenu

La génération de revenu liée au chantier de construction favorise la croissance d’une économie locale presque inexistante. 

Bien que seulement 12% seulement du territoire national soit cultivable, l’économie afghane dépend fortement de l’agriculture, en particulier dans les régions reculées. Le secteur primaire fait vivre plus de 60% de la population mais la moitié des ménages ruraux pratiquent seulement une agriculture de subsistance, et ne commercialisent pas leur production. Ces populations sont les plus durement affectées par les variations saisonnières : les hivers sont souvent longs et rigoureux et pour survivre jusqu’au printemps, une grande partie de ces petits paysans doit vendre des têtes de bétail, trouver un emploi en dehors de l’agriculture ou emprunter de l’argent. La pauvreté frappe particulièrement les régions montagneuses, où le mauvais état des routes et l’accès difficile aux marchés s’ajoutent aux aléas climatiques.

Abuzhar a 35 ans et travaille comme cuisinier sur le chantier de l’école de Sokthagi. Il est très content d’avoir pu trouver un emploi . Ce revenu inespéré fait dire à ce père : « sans ce travail, je n’aurais pas pu subvenir aux besoins des cinq membres de ma famille. Je n’avais aucun espoir car je ne possède pas de terrain et n’avais aucune perspective de revenu ».

Mohamed, âgé de 50 ans et à la tête d’une famille de 8 enfants a profité de passer son permis de construire poids lourd lorsqu’il a appris que Nai Qala allait démarrer la construction d’une école dans son village. Ses premiers mois de  salaire comme chauffeur lui permettent de faire vivre sa famille pendant une année. Avec le salaire qu’il recevra pour la deuxième phase du chantier, il envisage d’acheter du bétail. Quatre enfants de Mohamed sont scolarisés, 3 filles et un garçon. Grâce à son salaire et la perspective du bétail à venir, il est optimiste quant à l’éducation de ses enfants; il est maintenant à même de leur assurer un accès à l’école.

L’arrivée d’un chantier dans les régions reculées, tel celui de l’école de Sokhtagi, est souvent une occasion unique et inespérée d’obtenir un revenu. A ce jour, 34 personnes travaillent sur le site de la future école, dont 26 sont des employés locaux recrutés dans le village spécialement pour le projet. En plus de fournir un salaire aux ouvriers, l’entreprise de construction achète des aliments aux familles et sur le marché local afin de nourrir ses employés fixes. Salaires et achats alimentaires sont une contribution bienvenue à la croissance de l’économie locale et réduisent la pauvreté des familles.